Appli de parc : utile ou gadget ?
Un taux d'installation réel entre 10 et 25 %, et la moitié qui désinstalle dans la semaine. Ce qu'une appli de parc fait vraiment bien, et ce qu'elle ne fera jamais.
Tous les six mois, un prestataire vous propose une appli. Plan interactif, temps d’attente en direct, notifications, billetterie, programme de fidélité. Entre 40 000 et 150 000 € selon l’ambition, maintenance non comprise. Et toujours la même promesse : « vous allez enfin connaître vos visiteurs ».
Parfois c’est vrai. Souvent, ça finit en tableau de bord que personne n’ouvre.
Le seul chiffre qui compte
Mettez-vous à la place d’une famille qui arrive à 10 h 30. Parking, poussette, deux enfants qui ont déjà faim, et trois mille personnes sur la même antenne 4G. Vous leur demandez de télécharger 180 Mo, de créer un compte et d’accepter les notifications. Devinez la suite.
Dans les parcs régionaux, le taux d’installation réel tourne autour de 10 à 25 % des visiteurs, et une bonne partie désinstalle dans la semaine — la place sur un téléphone, ça se négocie. Le CRM que vous avez payé couvre donc un cinquième de votre public. Et pas n’importe lequel : le jeune, le connecté, l’abonné. Exactement les gens que vous connaissiez déjà.
Ce qu’une appli fait très bien
Soyons justes, il y a des usages qui tiennent. Le temps d’attente en direct, à condition que la donnée soit honnête — annoncer vingt minutes quand il y en a cinquante vous coûtera plus cher que pas d’appli du tout. La commande de restauration depuis la file, qui fait réellement monter le panier moyen. Et l’abonné au pass annuel, qui installe, qui revient, et pour qui l’appli devient le canal naturel.
Ce qui vous dit ce qu’est une appli : un outil pour vos habitués. Pas un canal d’acquisition. La vendre en interne comme tel, c’est se préparer une réunion pénible dans dix-huit mois.
Ce qu’elle ne fera jamais
Une appli ne sort pas du parc. Elle est fermée à la barrière de sortie, supprimée trois semaines plus tard pour faire de la place aux photos de vacances. Surtout, elle ne parle qu’à quelqu’un qui est déjà venu. Elle ne dit rien au voisin, au cousin, à la collègue qui hésite entre vous et le parc d’à côté.
Ce qui sort du parc, c’est ce qui est adressé à quelqu’un d’autre. Une vraie carte postale à vos couleurs, que le visiteur écrit à la sortie et envoie à ses proches — imprimée et postée en France — arrive dans une boîte aux lettres. Aucun algorithme ne décide si elle s’affiche, personne ne se désabonne. Elle finit aimantée sur un frigo, où elle tient cinq ans en moyenne. Et celui qui la reçoit ressemble beaucoup à celui qui l’a envoyée : enfants du même âge, même zone de chalandise, même budget loisirs. Un jumeau statistique, touché par une recommandation qui vient d’un ami et pas d’une bannière.
Trois questions avant de signer
Quel taux d’installation le prestataire s’engage-t-il à atteindre, chiffré, sur votre fréquentation réelle ? Qu’est-ce que l’appli supprime — un plan papier, un poste à l’accueil — ou ajoute-t-elle seulement une ligne au budget ? Et si vous l’éteigniez lundi matin, qu’est-ce qui casserait ?
Si la réponse honnête à la dernière question est « pas grand-chose », vous avez un gadget bien élevé.
Le vrai arbitrage se fait en euros par visiteur identifié. Divisez le coût total sur trois ans par un nombre d’installations crédible, puis comparez avec le coût d’un support physique qui, lui, part chez quelqu’un d’autre. Le calculateur de ROI fait le calcul en deux minutes. Et si l’appli vous est surtout vendue comme la solution aux files d’attente, relisez d’abord ce qu’on écrit sur les files d’attente.