Saisonniers : la première fidélisation d'un parc se joue en octobre
À La Mer de Sable, 45 % des saisonniers sont revenus en 2025, contre 10 à 20 % avant. Au Parc Astérix, près d'un sur deux. Ce qu'ils ont changé, et quoi faire avant la fermeture.
Dans quelques semaines, la plupart des parcs régionaux ferment leurs grilles pour l’hiver. On fera les comptes de fréquentation, on rangera les décors d’Halloween, et on dira au revoir à deux cents, quatre cents ou deux mille cinq cents personnes à qui l’on vient de passer six mois à apprendre le métier. Puis, en janvier, on rouvrira une campagne de recrutement pour retrouver exactement le même nombre de bras. La plupart des parcs traitent ces deux moments comme deux sujets distincts. C’est le même, et il se règle maintenant.
45 % au lieu de 10 à 20
La Mer de Sable, dans l’Oise, recrute environ 200 saisonniers par an. Son directeur, Antoine Lacarrière, ne cache pas que le sujet a longtemps été « très problématique » et que le parc a dû, depuis 2023, « complètement repenser » sa manière de recruter. Le résultat tient en une ligne, rapportée par TourMaG à l’été 2025 : 45 % des saisonniers de l’année précédente sont revenus, contre 10 à 20 % auparavant.
Au Parc Astérix, qui ouvre 2 500 postes pour la saison 2026, près de la moitié des saisonniers reviennent d’une année sur l’autre. Le parc leur a donné un nom, les « irréductibles », et une priorité de réembauche. Sa responsable RH, Fathia Gueucier, expliquait en 2025 ne pas avoir connu de pénurie de personnel, sauf sur quelques métiers en tension comme la restauration ou la maintenance.
Un saisonnier sur deux qui revient, c’est une campagne de recrutement divisée par deux, mais ce n’est pas le plus important. C’est surtout une équipe qui, le jour de l’ouverture, connaît déjà les procédures, les raccourcis, les habitués et le prénom du chef de zone.
Ce que le visiteur voit quand l’équipe est neuve
Antoine Lacarrière décrit très concrètement ce que coûte un poste non pourvu : un manque d’opérateurs, ce sont « des pauses mal couvertes, des équipes techniques détournées » de leur travail. Traduction côté visiteur : une attraction qui ouvre en retard, une file qui avance mal, un snack fermé à 15 heures.
Tout ce que vous investissez dans la note d’expérience client passe par des gens qui, pour beaucoup, sont jeunes et sont arrivés en avril. L’opérateur de deuxième saison sait calmer un enfant qui a peur, repérer une famille perdue, expliquer une fermeture technique sans lire une fiche. Celui de première saison l’apprendra en juillet, quand vous aurez le moins de temps pour le lui montrer.
Ce qu’ils ont changé, dans l’ordre
Aucun de ces parcs n’a trouvé une astuce. Ils ont traité les raisons pour lesquelles on ne revient pas.
Le salaire, d’abord. La Mer de Sable a augmenté les siens de 17 % en deux ans. Il n’y a pas de programme de reconnaissance qui compense un écart de paie avec l’entrepôt logistique d’à côté.
Le rythme. Le Parc Astérix est passé à des cycles de quatre jours travaillés et trois jours de repos. La Mer de Sable a réorganisé ses restaurants pour proposer des journées continues, sans coupure : la longue coupure au milieu de l’après-midi, loin de chez soi, est l’une des premières raisons pour lesquelles on ne resigne pas en restauration.
Le trajet. Un parc est rarement à côté d’une gare, et un saisonnier de 19 ans n’a pas toujours de voiture. Astérix affrète des navettes gratuites depuis plusieurs gares de la région, La Mer de Sable s’est associée à une plateforme de covoiturage. C’est moins spectaculaire qu’une prime, et cela décide plus souvent de la deuxième saison.
L’entrée. Le PAL recrute ses quelque 400 saisonniers sans CV, à partir de 16 ans, par des jeux et des mises en situation. Nigloland organise ses entretiens en groupe, dans un lieu symbolique du parc, en présence des chefs de service. Celui qui a été choisi pour son sourire plutôt que pour son diplôme arrive avec une autre idée de ce qu’on attend de lui.
Avant la fermeture : quatre gestes
La saison prochaine se gagne dans les trois dernières semaines de celle-ci.
Un : l’entretien de sortie, avec une seule question utile, « qu’est-ce qui vous ferait revenir ? », posée par le chef de zone et non par un formulaire. Vous y apprendrez plus sur vos plannings qu’en dix réunions.
Deux : la proposition datée. Ceux que vous voulez revoir doivent repartir avec un poste et une date de reprise en tête, pas avec un « on vous recontactera ». Le droit du travail vous y pousse d’ailleurs : dans la branche des espaces de loisirs, d’attractions et culturels, sauf accord spécifique, un saisonnier qui a fait deux mêmes saisons chez vous sur deux années consécutives a droit à la reconduction de son contrat si un poste compatible existe, et vous devez l’en informer. Vérifiez le détail avec votre conseil, mais autant en faire une promesse qu’une formalité.
Trois : un vrai palier pour la deuxième saison. Une ligne de paie, un poste de référent, la formation des nouveaux, le choix prioritaire des plannings. Revenir doit valoir quelque chose de visible.
Quatre : l’hiver. Un message en décembre, l’invitation à la journée de présentation des nouveautés, une prime de cooptation pour celui qui amène un ami. Cinq mois de silence défont ce que six mois de saison ont construit.
Montrer à l’équipe ce qu’elle a fait
Reste ce que la paie ne dit pas : la preuve que le travail a compté pour quelqu’un. Les avis qui citent un prénom, lus au briefing du matin, font ce travail. Les cartes postales aussi. Quand vos visiteurs écrivent une carte à vos couleurs à la sortie du parc, certaines phrases reviennent : « la dame du petit train a été adorable », « merci à Lucas qui a retrouvé le doudou ». Affichez-les en salle de pause, lisez-en trois à la soirée de clôture. Un saisonnier qui se voit dans l’écriture d’un visiteur a une raison de plus de revenir en avril, et celle-là ne vous coûte rien.
On mesure le taux de retour des visiteurs à la décimale. Celui des saisonniers tient souvent dans un tableur que personne n’ouvre avant janvier. Commencez par le calculer cette semaine : c’est le premier chiffre de fidélisation de votre parc, et tous les autres en dépendent.